Renewable energy projects
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Antoine HuardAntoine Huard, Business Development Director at Générale du Solaire, a sponsor at the upcoming Future Energy Central Africa. Mr Huard is also a speaker in October on the topic of “Solar projects: The future of a diversified energy mix.”

“The energy sector often tends to be overly exposed to too many sources of supply. It is the diversification of the mix that is the source of the resilience of energy systems.”

Let’s start with some background on Générale du Solaire and your role there?

Générale du Solaire est un développeur de projets solaires et un producteur indépendant d’électricité. Positionnés parmi les principaux acteurs français sur le segment des centrales de grande puissance en toiture, au sol et en ombrières de parking, nous avons réalisé plus de 200 projets et exploitons un parc de 100MW. Nos cœurs de métier sont le développement de projets (dont je m’occupe), l’ingénierie, le financement, la construction et l’exploitation de centrales solaires.

What are the power projects that your organisation is involved in that you are most excited about currently?

Nous développons des projets qui vont de la centrale solaire raccordée au réseau jusqu’à la centrale hybride en site isolé, en passant par des centrales plus innovantes. Parmi les projets qui me passionnent le plus, je citerai en priorité ceux qui sont situés dans des pays confrontés au manque d’électricité. La technologie solaire photovoltaïque a le potentiel de sortir de l’obscurité des centaines de millions de personnes dans le monde très rapidement, en tirant parti de ses extraordinaires caractéristiques qui la distinguent de tout ce qui a été fait en matière énergétique jusqu’à présent : miniaturisation, digitalisation, décentralisation. Là où l’électrification nécessitait auparavant la construction préalable d’infrastructures de réseaux extrêmement lourdes, nous pouvons désormais répondre à l’urgence énergétique par un déploiement rapide de centrales solaires partout où la demande existe, dans des mini-réseaux isolés les uns des autres. Le raccordement de ces mini-réseaux les uns aux autres pourra être mené dans un second temps, mais il n’est plus un prérequis. Cela représente un gain de temps inestimable, au regard des enjeux sociaux et environnementaux : pour toutes les populations concernées, l’accès à l’éducation, à l’eau, aux soins, à la consommation, est conditionné avant tout à l’accès à l’énergie. C’est la raison pour laquelle je suis particulièrement enthousiaste au sujet de nos projets de centrales solaires au Cameroun, pays hôte de cette édition du FECA. Le Cameroun a des objectifs ambitieux en matière d’électrification et d’énergies renouvelables, et nos projets vont contribuer à les atteindre.

Can you share some success stories?

En 2016, nous avons eu la joie de figurer parmi les 3 premiers lauréats d’un appel d’offres français très innovant, réservé aux zones insulaires et imposant l’emploi d’une technologie de stockage permettant à la fois de fournir la pointe du soir et d’assurer une prévision de la veille pour le lendemain avec une précision à la minute. Ces projets sont aujourd’hui en construction, ce qui nous a permis une rapide montée en compétence sur les problématiques du stockage stationnaire. Cette expertise a désormais vocation à être déployée dans les autres pays où nous sommes présents et où le stockage répond à une partie des besoins : sites isolés, mini-réseaux, sites insulaires, etc.

 

What in your view are the biggest challenges with regards to energy that the Central African region is facing at the moment?

Le principal défi demeure le coût d’accès au financement. Si une centrale solaire financée avec de la dette à 3% est capable de produire de l’électricité à 60 €/MWh dans le sud de la France, la production d’une centrale solaire identique financée avec de la dette à 7% dans un pays de l’Afrique centrale doit être rémunérée plus de 100 €/MWh, à ensoleillement équivalent. Tel est l’impact d’une différence de taux d’intérêt de 4 % ! Nous devons avoir à cœur la préservation de l’acceptabilité sociale des prix de l’électricité : à cet égard, de tels coûts de financement sont difficilement soutenables.

Outre la question des coûts de financement, il faut aussi évoquer la lourdeur des procédures administratives, les contraintes de raccordement aux réseaux, les exigences des bailleurs de fonds, qui sont toutes disproportionnées par rapport à la taille des projets – avec pour conséquence des délais interminables de développement. Face à l’urgence, nous n’avons pas le droit de persister dans cette voie : l’électrification du continent africain nécessite des réponses calibrées, et non la réplication de modèles en vigueur dans des contextes différents.

What is your vision for the energy sector in the region?

L’Afrique en général, et l’Afrique centrale en particulier, bénéficient d’un fort ensoleillement et ont un besoin colossal de cette énergie décentralisée, adaptée aux spécificités de la situation locale (villages isolés, absence d’infrastructures de réseau, etc). L’énergie solaire photovoltaïque, portée par des projets de taille souvent petite, capable d’être déployée dans des délais très brefs, entièrement réversible et nécessitant très peu d’entretien, répond parfaitement à ces enjeux. Les pays de la région disposent ainsi de l’opportunité de miser d’emblée sur les technologies de demain pour déployer un mix énergétique optimal sans être confrontés aux problématiques de transition lourdes et complexes auxquelles sont confrontés les pays déjà totalement équipés d’un système électrique centralisé.

Dans ce contexte, nous estimons que les énergies décentralisées comme le solaire ou l’éolien vont être amenées à se développer à un rythme supérieur aux anticipations les plus optimistes. Cela prendra la forme de centrales de taille moyenne (de l’ordre de 10 à 30MW) raccordées aux réseaux, de centrales hybrides en sites isolés, de kits solaires chez les particuliers, de toitures solaires en autoconsommation dans les secteurs industriels ou tertiaires… Le paysage énergétique de l’Afrique dans 10 ans ne ressemblera aucunement à ce que l’on peut voir aujourd’hui, mais nul ne peut prétendre être en mesure de le prévoir avec précision.

What surprises you about the sector?

Je suis très surpris de la fascination pour les appels d’offres qui semble s’être emparée de presque tout le continent.

Contrairement à une idée très répandue, un appel d’offres ne permet pas nécessairement d’atteindre le meilleur prix au kWh, car il s’agit d’une procédure souvent lourde et couteuse. Après plusieurs années de retour d’expérience, on ne peut que constater que la plupart des projets lauréats n’aboutissent qu’après des délais de 4 à 10 ans, quand ils aboutissent. Par ailleurs, on se focalise sur les prix proposés mais on oublie les multiples conditions et hypothèses qui accompagnent systématiquement ces offres alléchantes. L’exemple des appels d’offres Scaling Solar est symptomatique : les offres reposaient sur des hypothèses de financement très particulières et donc non repliquables à grande échelle. Une ou deux centrales verront sans doute le jour mais sans apporter aucun élan au reste de la filière.

A contrario, le cas de l’Afrique du Sud est beaucoup plus intéressant. Le pays a débuté sa trajectoire renouvelable par la mise en place d’un programme de « Feed in Tarif » avant d’évoluer progressivement vers des programmes d’appels d’offres offrant récurrence, visibilité et volume suffisant. Cela a permis de faire émerger une filière avec une industrie et des emplois, de former les fonctionnaires, de créer une culture autour du sujet, ce qui explique en grande partie le succès des appels d’offres qui ont suivi. Inspirons nous des exemples qui fonctionnent ! Définir un calendrier précis des étapes à franchir en vue de son obtention, et un cadre contractuel fixé à l’avance, permet au développeur de projets de maitriser son budget et à l’Etat de se concentrer uniquement sur la négociation commerciale du tarif le cas échéant. La fixation de ce tarif hors appel d’offres ne conduit pas nécessairement à surpayer l’électricité : il y a suffisamment d’expertise disponible dans le monde pour accompagner les Etats dans les négociations et pour confirmer si un prix est raisonnable au regard des spécificités de chaque pays (ensoleillement, coûts de financement, etc) et inférieur au coût moyen de production des capacités existantes.

Un tel système permet un développement de projet en 12 mois financement inclus soit une mise en service en moins de 2 ans. Je demande à voir un exemple d’appel d’offres ayant permis de faire mieux !

Générale du Solaire is sponsoring a session at the upcoming Future Energy Central Africa in October on the topic of “Solar projects: The future of a diversified energy mix“ – you are also a speaker in this session. What will be your message at the event?

Les mots « mix diversifié » sont importants. Le secteur de l’énergie a souvent tendance à être trop exposé à un nombre de sources d’approvisionnement trop restreint. Or c’est de la diversification du mix que nait la résilience des systèmes énergétiques. Par exemple, et c’est notamment vrai dans la région, l’électricité repose souvent presque exclusivement sur l’hyrdroélectricité et des groupes électrogènes d’appoint. Or, cette dépendance soulève un certain nombre de difficultés : l’étiage des cours d’eau met la production sous tension pendant les saisons sèches, les barrages sont souvent des installations centralisées de taille importante ce qui implique des infrastructures de réseau dimensionnées en conséquence.  Face à cette tendance, il me semble au contraire que la diversification du mix électrique est essentielle. Le solaire par exemple s’articule parfaitement avec l’hydroélectricité, la période d’étiage des cours d’eaux correspondant à la période de pointe annuelle de la production solaire.

Mon deuxième message sera de souligner ce paradoxe préoccupant : les besoins en électricité n’ont jamais été aussi grands dans de nombreux pays de la région, et pourtant les obstacles dressés sur le chemin des développeurs de projets sont toujours aussi grands. Le moment est venu pour les Etats, les porteurs de projets et les bailleurs de fonds de travailler ensemble pour aplanir ces obstacles. Nous devons aller vers une simplification massive des cadres réglementaires et des partenariats publics-privés, une plus grande standardisation des contrats, une automatisation des procédures et une adaptation des exigences juridiques et environnementales des bailleurs de fonds.

Why the decision by Générale du Solaire to partner with FE Central Africa?

Nous sommes présents au Cameroun depuis 2014 et nous y avons fortement investi. Nous croyons beaucoup dans le potentiel de ce pays et le fait que le FECA se déroule à Yaoundé n’a pas été étranger à notre décision de témoigner de notre soutien à cette initiative. D’une manière générale, nous sommes en faveur de toutes les initiatives qui permettent aux parties prenantes, développeurs, dirigeants politiques, bailleurs de fonds, gestionnaires de réseaux, acteurs de la production ou de la distribution d’électricité, de se mettre autour d’une même table pour travailler à surmonter ensemble les défis de l’électrification de la région.